La clé du paradis ?

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La clé du partage

Phileas le cléateur au clavier 🙁

Au vu des récents événements secouant la planète, je voudrais commencer ce billet en exprimant ma profonde gratitude envers mon karma.
En effet, je suis né français, d’origine française, sur la terre de France, au XXème siècle, juste après mai 68.

Si l’on regarde ce qui s’est passé dans le monde depuis 50 ans, je pense pouvoir affirmer que je suis né au Paradis sur Terre.

D’aucuns penseront peut-être de moi que je suis d’un extrême, virulent dans notre pays.
Et pourtant, malgré ma carte d’identité, j’ai la peau mate, les yeux bridés, les cheveux très noirs.
Depuis tout petit, mille et une fois on m’a questionné sur mes origines.
Tour à tour, on m’a trouvé chinois, péruvien, eurasien, turque, tunisien et j’en passe.

Mon meilleur ami depuis la maternel était vietnamien, tout le monde nous croyait frères.
C’est de cet ami que je tiens mon ouverture sur le monde.

Ses parents avaient quitté le Vietnam quelques années auparavant.
Pensez-vous qu’ils étaient venus en touristes en France, qu’ils avaient trouvé le pays, son climat, ses montagnes très sympathiques et avaient décidé de s’y installer, forts de leur compte en banque plein d’avoir vendu maison, terres, meubles au pays ?

La réalité c’est que s’ils étaient restés sur place, ils seraient morts et ils le savaient.
Alors, quel choix avaient-ils ?
Rester avec 100% de risques mourir ? Ou partir à bord des célèbres boat people avec 20% de chances de s’en sortir.
Ils sont partis sans aucune autre perspective que celle de vivre, sans rien, ni fortune, ni point de chute rassurant.
Qu’aurais-je décidé à leur place ? Et vous qu’auriez-vous décidé ?

Côtoyer cette famille m’a très jeune ouvert les yeux sur le fait qu’« on ne choisit pas les trottoirs de Manilles, de Paris ou d’Alger pour apprendre à marcher », comme le chante Maxime Leforestier.

« Est-ce que les gens naissent égaux en droits à l’endroit où ils naissent ? »
« Etre né quelque part pour celui qui est né, c’est toujours un hasard »
Or, le hasard ne faisant pas toujours bien les choses, lorsque vous naissez dans un pays en guerre, le risque de vous faire violenter, violer, assassiner est extrêmement élevé.

Les derniers boat people sont loin dans notre mémoire mais le souvenir en est ravivé chaque fois qu’un bateau surchargé d’hommes, de femmes et d’enfants pleins d’espoir chavire et tue ses occupants.

Un scénario trop de fois revisité.

Le 3 septembre 2015, les yeux encore embués, à l’heure où nous accompagnons nos enfants à l’école, l’actualité horrible nous montre qu’un petit garçon syrien de 3 ans, Aylan Kurdi, ne fera jamais son entrée à l’école maternelle pour jouer, apprendre, dessiner.
le 2 septembre, sur une plage de Turquie qui devait être pour lui une porte d’entrée vers une vie de vivant, il est mort, la porte s’est refermée.

Dessin d'un révolté

Dessin de Mathon, un révolté (merci Kombini)

http://www.konbini.com/fr/tendances-2/dessins-mort-aylan-kurdi/

Le bateau qui transportait sa famille a fait naufrage, son frère, sa maman, et une dizaine d’autres personnes se sont noyées.

Certains dans notre pays se questionnent : « Mais qu’est-ce qu’ils viennent faire chez nous ces gens-là. Peuvent pas rester chez eux, y’a passez de place chez nous? »

Que chaque personne qui pose ces questions se pose maintenant celles-ci : « est-ce que je resterai dans un pays où chaque jour je risque de perdre un membre de ma famille, où chaque jour ma femme, ma fille, mon fils risque de se faire violer et égorger ? Ne serais-je pas prêt à prendre tous les risques pour sauver ceux que j’aime ?

Lorsque « ces gens-là » prennent tous ces risques, ils ne sont pas sûrs de vivre mais ils sont au moins sûrs de fuir la mort.

L’équipe du cléateur est triste.

En perdant ce petit de 3 ans, son frère, sa mère, ses oncles et tantes, ses compagnons de galère et tous ceux qui depuis des années sont morts pour vivre, l’humanité est entrée dans une nouvelle ère.
L’ère de l’accueil.
Tous les pays occidentaux, y compris ceux qui se cachent derrière la mer ou l’océan doivent comprendre que les réfugiés ne sont pas là par hasard.
Ils se ruent vers les pays qui ont exploité le leur pendant des siècles, y laissant des traces indélébiles agissant comme les cailloux du petit poucet pour retrouver le chemin de la maison.

L’Angleterre, par exemple, n’est pas une destination courue par les réfugiés pour son climat ou ses no mans lands avides de peuplement.
D’où qu’ils viennent, les réfugiés anglophones préfèrent tenter l’aventure dans le pays où la langue ne sera pas la première barrière à l’entrée.

Si nous ne savons pas encore comment faire face à cet afflux de migrants, nous devons, nous qui vivons au Paradis sur Terre, ne pas attendre que les politiciens gèrent le « problème » à leur sauce.
Il va falloir relever nos manches et redoubler de compassion et de créativité parce que nous ne sommes qu’au début du phénomène, nous n’avons reçu que quelques petites vagues, mais le tsunami se prépare et va déferler dans les mois et les années qui viennent, submergeant l’obscurantisme et la xénophobie.

A toi, Aylan Kurdi, à ton frère Ghalib, ta maman Rehan, je vous offre la clé du paradis.
A vous, Abdallah Kurdi, son papa, j’exprime ma plus profonde tristesse et mon soutien indéfectible.

Le cléateur

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